Studio Production IA-native

W-03Dossier de production

Nereis

Nereis est un film court sur un petit acte de désobéissance délibérée. Voici comment je l’ai fabriqué, et ce qu’il m’a fallu jeter. Les outils sont neufs, et le métier qu’ils réclament est l’ancien : continuité, rythme, son, et couper ce qui ne sert pas.

Durée 02:53 Plans 27 Générés 43 Versions 26

P-03.1Le film

Expédition I : Nereis

Un relevé se pose sur un monde océan bioluminescent que l’orbite donne pour mort. Il ne l’est pas. Elle marche jusqu’aux hauts-fonds, trouve une forêt qui répond à la lumière par la lumière, et fait une entaille qu’elle n’aurait pas dû faire. Le monde répond à ça aussi.

VELIS-03 — Expédition I : Nereis

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Le court-métrage complet02:53 Musique & voix originales

VELIS-03 — Teaser

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Il s’arrête sur la réponse du monde, avant le dénouement00:33

P-03.2Pré-production

Le monde d’abord

Le film n’a pas commencé par un plan. Il a commencé par un dossier de vingt-cinq planches, écrites nativement en français : quatre biomes nommés et codés, des vues orbitales, des figures à l’échelle humaine et une carte planétaire qui verrouille le système. Quand le tournage a commencé, le monde savait déjà de quelle couleur était sa nuit.

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P-03.3L’itinéraire abandonné

La première version était un itinéraire

Avant Nereis, il y a eu un itinéraire : quatorze images et six étapes, de l’orbite à l’approche, la passe basse, le rivage, la canopée et le marais. Je l’ai généré en entier, puis mis de côté. Lu dans l’ordre, il parcourt un trajet au lieu de raconter une histoire : chaque image est un lieu, et aucune n’est une scène. Quatre étapes ont survécu au montage final : l’orbite, l’approche, la passe et la canopée. Le marais est parti avec la révélation coupée.

La planète depuis l’orbite haute : hauts-fonds turquoise du côté jour, face nuit veinée de lumière violette, les étoiles au-delà de l’atmosphère
S1a l’orbite, la planète entière
La même planète de plus près, toute la surface veinée de turquoise et de violet sous un limbe clair et fin
S1b l’orbite, un cran plus bas
Un vaisseau sombre et anguleux traversant le haut du cadre au-dessus de la planète éclairée, la surface loin en dessous
S2a l’approche : le vaisseau entre dans le cadre
Le vaisseau de profil, feux allumés, la couche nuageuse et les récifs turquoise de la planète derrière lui
S2b l’approche : la descente
Vue aérienne d’un archipel : lagons pâles, aiguilles de pierre sombres sorties de l’eau, colonies de fleurs bleues et magenta allumées, l’ombre des nuages sur l’ensemble
S3a — la passe haute au-dessus du récif
Au ras de l’eau entre les aiguilles de pierre, des anneaux turquoise et des touffes de fleurs allumées dans les hauts-fonds, un ciel d’orage lourd devant
S3b — la passe basse, à hauteur d’eau
L’astronaute debout sur une berge rocheuse dans la brume, visière dorée allumée, un chenal d’eau pâle derrière elle, des pousses roses et bleues allumées sur les bords
S4a — le rivage
L’astronaute debout dans l’eau immobile jusqu’aux chevilles, son reflet sous elle, des touffes de coraux turquoise allumées sur les deux rives
S4b — le rivage, dans l’eau
Une forêt d’immenses chapeaux magenta déployés au-dessus de troncs épais, de la lumière turquoise au sol, l’astronaute au bord droit du cadre
S5a v1 — la canopée était demandée fermée, elle est revenue ouverte. Gardée quand même : c’est le plan du film à 1:12.
Une voûte de gousses roses pointues, closes, suspendues à des tiges épaisses, de la brume entre elles, l’astronaute minuscule à droite du cadre
S5a v2a — fermée, au deuxième essai
Des dizaines de bourgeons roses clos suspendus à des tiges sombres dans une salle basse et noire, l’astronaute debout, petite, à droite
S5a v2b — l’autre version fermée
Vu d’en bas : des chapeaux violets grands ouverts comme des ombrelles nervurées, des rais de lumière entre eux, des filaments turquoise le long des troncs, l’astronaute qui lève la tête à droite
S5b — la canopée ouverte
Un marais sombre sous la brume, des arches de racines chargées de lampes violettes, des ruisseaux turquoise courant dans les vasières
S6a — le marais, en paysage
Une vaste cage thoracique sortie de la plaine inondée, une masse violette tenue en son centre, des éclairs cyan qui en partent en ramifications au-dessus de l’eau
S6b — le marais, l’anatomie : une cage thoracique posée sur l’eau

P-03.4Les images de départ

Un plan se génère entre deux images

J’encadre un plan entre deux images au lieu de le décrire. La saisie a demandé trois essais. Avec la seule image de départ, les vrilles se dissolvaient. Avec deux images trop proches en posture, elles tenaient mais plus rien ne bougeait. Ce qui a marché, c’est un écart mesuré entre le départ et l’arrivée, assez grand pour que le modèle ait quelque chose à parcourir.

La saisie · image de départ
La saisie image de départ
La saisie · image de fin. L’écart entre les deux, c’est le plan.
La saisie image de fin. L’écart entre les deux, c’est le plan.
Première image du plan de liaison, prélevée à la fin du plan précédent
Première image du plan de liaison, prélevée à la fin du plan précédent
L’image d’où le plan noir a été fait pousser
L’image d’où le plan noir a été fait pousser
La planète, avant qu’un film existe autour d’elle
La planète, avant qu’un film existe autour d’elle
La vitrine, composée en image fixe avant d’être animée
La vitrine, composée en image fixe avant d’être animée

P-03.5Méthode

Cinq choses que le modèle ne fera pas à votre place

Elles viennent dans l’ordre où elles arrivent. Chacune est ici parce qu’elle a coûté quelque chose à apprendre, et chacune est suivie de la mesure qui l’a tranchée.

01

Diriger le plan, pas le prompt

Une description de plan qui ressemble à une liste de courses rend une liste de courses. Ce qui marche sur un plateau marche ici aussi : une action, une source de lumière nommée, l’optique impliquée par le cadre, et la liste explicite de ce qui ne doit pas être dans l’image. Le vocabulaire compte plus que la longueur. Le mot « slow » fait tourner le modèle au ralenti, un plan tenu se demande donc autrement.

Ne jamais nommer une autre œuvre dans un prompt. Une fois, demander une ambiance a fait graver le titre de la référence dans le décor, où il est resté éclairé et dans le cadre. La prise était inutilisable.

02

Dépister chaque prise : le modèle ment

Des plans revenaient avec une voix dessus : un narrateur qui lit calmement le prompt sous l’image. Ce n’est pas toujours audible sur des enceintes d’ordinateur, et c’est fatal une fois le plan mis en musique. Chaque prise passe désormais par une reconnaissance de parole avant d’approcher le montage, plus un contrôle à pleine résolution du texte incrusté.

La confiance tranche : de −0,80 à −1,04, c’est le moteur qui hallucine sur du vent, sans danger. De −0,29 à −0,48, c’est une vraie voix qui lit le prompt. Prise rejetée.

03

La continuité se fabrique

Deux plans générés depuis la même description sont deux endroits différents. Le remède qui tient est de générer le plan suivant depuis la dernière image du précédent, avec une image de départ plus une direction écrite, jamais une interpolation entre deux images éloignées. Trois plans du film n’existent que pour porter le regard d’un lieu au suivant.

Le raccord le plus dur du film mesurait 80,2 avant le plan de liaison, 5,7 après.

04

Mettre en musique avec la sienne

La partition est bâtie sur deux stems originaux, joués à leur propre tempo, jamais étirés. Ce qui la fait sonner écrite, c’est que ses repères sont ancrés sur des images et non sur des minutages : la section dense démarre sur la première image de la gerbe de sève. Recoupez le film, la partition suit toute seule. Dessous vivent 56 événements sonores : pas, coque, vrilles, pouls de la planète. Je les ai tous synthétisés pour ce film, et chacun porte sa règle d’effacement sous la voix. Un pas ne s’efface jamais. Une nappe toujours.

La musique meurt 40 secondes avant la fin. Il ne reste que le pouls, qui ralentit de 3,85 s à 4,8 s entre deux battements. Le dernier tombe 2,0 s après le dernier mot, et le fichier est ensuite numériquement silencieux.

05

Mesurer la coupe, puis croire ses yeux

Chaque raccord du film est mesuré sur quatre axes : distance structurelle, saut de luminance, saut de saturation, et appariement du mouvement avant et après la coupe. Les chiffres ne décident de rien. Ils désignent les endroits qui méritent un regard, et ils attrapent les erreurs qui se cachent de l’œil.

Un contrôle de forme d’onde a attrapé ce que l’oreille avait manqué : le battement final était muet depuis trois versions. Il avait été synthétisé correctement, puis annulé par le fondu du carton avant d’atteindre le fichier.

P-03.6Les prises

Choisir entre les prises

Le modèle répond à la même demande par un plan différent à chaque fois. On en génère donc plusieurs, on les regarde toutes, on en garde une : quatre versions de la première image de la saisie, quatre candidates pour la dernière, et les images sources d’où les autres plans ont été fait pousser. Six de ces douze ont été retenues, et ce sont celles déjà montrées plus haut, parmi les images de départ.

L’astronaute penchée en avant dans les hauts-fonds, la nuit, des vrilles lumineuses enroulées autour de ses jambes, la forêt magenta et les feux de l’atterrisseur derrière elle
La saisie la première image retenue
Le même cadre, beaucoup plus clair : ciel pâle, forêt violette allumée, eau turquoise autour d’elle
La même prise, ciel relevé. Le film a gardé la plus sombre.
Le même instant sous un ciel gris lourd, l’astronaute debout à droite du cadre, les vrilles serrées sur ses jambes, des coquilles blanches à la dérive au premier plan
Une autre prise. Ciel d’orage, et elle a glissé à droite du cadre.
Le même instant avec une forêt rouille et un ciel de crépuscule pâle, l’astronaute au centre, les vrilles qui montent le long de ses jambes
Une autre prise. La forêt n’a plus la couleur du plan d’avant.
L’astronaute encore debout, penchée sur ce qu’elle porte, les vrilles enroulées autour de ses deux jambes dans les hauts-fonds éclairés
Une candidate pour l’image de fin. Trop proche de la première : le plan ne bouge presque pas.
Presque la même image, l’astronaute plus basse et plus repliée, les vrilles tressées plus serré autour de ses jambes
La même idée, un cran plus loin. L’écart ne suffit toujours pas.
L’astronaute qui bascule sur le côté dans une gerbe d’eau, les vrilles étirées en lignes droites jusqu’à l’horizon
L’image de fin retenue : à terre sur la hanche, les vrilles tirées en lignes droites.
L’astronaute complètement à terre dans l’eau, appuyée en arrière sur un bras, les vrilles tendues et droites, la gerbe d’eau suspendue
Une prise plus loin encore. L’écart entre les deux images, c’est le mouvement obtenu.
Un cylindre de verre sur un cadre métallique dans le module, un organe rose pâle veiné de rouge en suspension, de la buée sur la paroi, un hublot derrière
La vitrine a existé en image fixe avant d’exister en plan
Le vaisseau suspendu au-dessus de la plaine lumineuse, deux feux d’atterrissage et deux faisceaux jusqu’au sol, une silhouette humaine minuscule au centre
La liaison vers le départ commence ici — une image prélevée au plan précédent
La planète en orbite basse : hauts-fonds turquoise d’un côté, face nuit veinée de lumière violette, étoiles au-dessus de l’atmosphère
La planète depuis l’orbite : une image source, pas une image du film
Gros plan sur l’astronaute dans son casque, dans un intérieur sombre, un rai de lumière venu d’en haut, trois voyants cyan allumés à son col
Le plan noir a été fait pousser depuis cette seule image

P-03.7Les recalages

Ce qui est revenu à côté

Le modèle répond, on regarde, et parfois ce qui revient n’est pas le film. Rien à voir avec le goût : un vaisseau rendu en bateau, un visage qui n’est pas le sien, un anneau tracé en cercle parfait. Quatre de ces images ont été régénérées, et seule la version corrigée est restée. Les deux dernières sont des reprises de l’image de fin, écartées au profit de la première. Voici celles qui ont été recalées, avec leur raison.

Un bâtiment de mer échoué sur la grève, la nuit, son projecteur balayant la brume, l’astronaute minuscule dans les hauts-fonds lumineux, au milieu des aiguilles de pierre
Le vaisseau rendu en bateau, une coque échouée, projecteur allumé.
Gros plan sur une combinaison dans le noir, un visage d’homme barbu derrière la visière dorée, une lampe allumée en bas du cadre
Le visage dans le casque est revenu masculin.
L’astronaute de dos, marchant dans l’eau plate au milieu des aiguilles de pierre, un anneau turquoise refermé net autour de ses jambes
L’anneau autour de ses pieds est revenu en cercle parfait.
Une main gantée braque une lampe à crosse de pistolet sur un organisme pâle et côtelé posé sur le fond, faisceau en plein dessus, des veines turquoise dans les plis
L’instrument est devenu une lampe-pistolet.
L’astronaute debout au centre d’une clairière sombre, six larges chapeaux magenta arqués au-dessus d’elle, des fissures cyan allumées au sol
Deuxième version de la voûte : la figure prend trop de place, et la canopée cesse d’être grande.
L’astronaute de dos dans un couloir de hauts chapeaux magenta, un rai de lumière tombant sur elle, des filaments cyan courant sur le sol mouillé jusqu’à ses pieds
Troisième version, même défaut, un cran plus loin : elle est presque au premier plan. C’est la première version qui a été gardée.

P-03.8Keyframes

Le film, plan par plan

Dix-sept images sont prélevées dans le master fini, étalonnage compris. Elles suivent le film dans l’ordre : l’arrivée, la marche, l’entaille, la réponse, la fuite.

Un relevé mort, depuis l’orbite
Un relevé mort, depuis l’orbite
À travers la couche nuageuse
À travers la couche nuageuse
L’atterrisseur, et l’échelle des hauts-fonds
L’atterrisseur, et l’échelle des hauts-fonds
Premier contact avec ce qui se déroule
Premier contact avec ce qui se déroule
Elle s’arrête. Le film s’arrête avec elle.
Elle s’arrête. Le film s’arrête avec elle.
Sous les troncs
Sous les troncs
Une entaille. Profondeur minimale.
Une entaille. Profondeur minimale.
Le monde saigne de la lumière
Le monde saigne de la lumière
La canopée répond
La canopée répond
Le seul plan de réaction du film
Le seul plan de réaction du film
Sa lampe meurt. Autre chose est allumé.
Sa lampe meurt. Autre chose est allumé.
La course
La course
La plaine seule — le plan qui arme la saisie
La plaine seule — le plan qui arme la saisie
Le sol répond à l’ordre
Le sol répond à l’ordre
La rampe
La rampe
Ce qu’elle a pris, qui bat encore
Ce qu’elle a pris, qui bat encore
Le monde redevient un objet
Le monde redevient un objet

P-03.9Post-production

Ce que les chiffres attrapent

L’image avant et l’image après cinq coupes, annotées de leurs mesures
Voici l’image avant et l’image après chaque coupe recalée. Une seule question tranche : la première image du nouveau plan est-elle celle qu’on voulait ? Deux fois, non.
Forme d’onde du film, chaque trait vertical est une coupe
Voici la bande son entière. Chaque trait vertical est une coupe, et la partie ambre est ce qui reste quand la musique meurt, 40 secondes avant la fin.

VELIS-03 — Making of

La méthode en images, mesures à l’appui02:02

P-03.10Ce qui a été coupé

Le film raccourcissait chaque fois qu’il s’améliorait

Une séquence entière a été générée, mise en musique, puis retirée : la révélation à pleine échelle de ce qu’elle avait trouvé, tenue dix secondes. C’était l’image la plus spectaculaire du film et elle arrêtait le récit net. Le plan de départ est parti aussi. Le film montrait déjà son embarquement, et raconter deux fois la même fuite la rendait plus petite les deux fois. La course dans la plaine a été rechapitrée avec sa propre matière : la caméra avait dérivé loin d’elle en plein plan et l’avait retrouvée ailleurs ; trois coupes ont transformé cet accident en un temps de menace délibéré.

Trois manques restent, et il est plus utile de les nommer que de les cacher. Le plan le plus long du film est interpolé plutôt que tenu nativement. Le vaisseau n’est jamais montré à l’échelle que le récit mérite. Et ce qu’elle emporte ne se voit pas dans sa main avant d’apparaître dans sa vitrine. Pour l’instant, une lueur chaude qui monte hors champ tient la place d’un plan que je n’ai pas encore généré.

P-03.11Les chiffres

Le rapport honnête

Durée02:53, depuis un montage de 02:48 plus ident et carton de fin
Plans au montage final27
Plans générés pour les obtenir43
Versions du montage26
Événements sonores conçus56, tous synthétisés
Lignes dites, sur 25 prises10
Stems musicaux originaux2, sans étirement
Niveau de livraison−15.0 LUFS
Format1476 × 626 2.36:1

Seize plans ont été générés et jamais utilisés.

Journal de production